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Avant d'évoquer le système concentrationnaire nazi, il est utile de rappeler le sens des mots. Il y a déportation lorsque des personnes sont déplacées de force d'un pays à un autre. La persécution et les répressions qui donnent lieu à une incarcération dans le pays où vivent les victimes conduisent à employer le terme d'internement. Dès lors les opposants allemands au régime nazi qui sont incarcérés dès 1933-1934, sont internés, tout comme les résistants, les patriotes en France sous le régime de Vichy.
Le système concentrationnaire nazi est forgé au départ pour les opposants : dès 1933, les Konzentrationlager (KL) d'Oranienburg et de Dachau sont créés. Ce système s'élargit avec les conquêtes allemandes dès 1938. L'Etat policier nazi s'exporte et la traque contre tous les ennemis du Reich s'intensifie. Différentes logiques répondent à cette mise en place - la logique sécuritaire, la logique économique et la logique raciale (exterminatrice) - même si la base demeure l'idéologie. Le peuple aryen qui agrandit son espace vital par les conquêtes sur les peuples jugés inférieurs assure sa pérennité par une politique raciste où les opposants politiques, handicapés, asociaux, homosexuels, juifs, tsiganes ou slaves sont traqués.
Le déporté porte sur son pyjama rayé le triangle ou l'étoile de David qui stigmatise cette hiérarchie raciste et sociale établie par les nazis:
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triangle bleu pour le déporté apatride
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triangle marron pour le déporté tsigane
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triangle noir pour le déporté asocial
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triangle rouge pour le déporté politique
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triangle rose pour le déporté homosexuel
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triangle vert pour le déporté de droit commun
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triangle violet pour le déporté " sectateur de la Bible "
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étoile jaune pour le déporté juif
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étoile jaune et rouge pour le juif résistant
La guerre s'enlisant, le régime nazi a besoin de plus en plus de main d'œuvre, sans pour autant que les critères idéologiques, racistes et sécuritaires aient disparu ! " La déportation, c'est d'abord la rafle ou l'arrestation, celle du combattant qui devine ce qui l'attend, celle du Juif persécuté ou du civil pris au hasard pour la terreur ou le travail. C'est le camp de transit dans le pays occupé. C'est le convoi dans des conditions souvent dramatiques [...] " [Denis PESCHANSKI]. Puis viennent les travaux forcés dans les Kommandos ou pire la sélection des Juifs avant l'extermination. Chaque déporté en camp de concentration ou d'extermination était confronté à la mort. Mort par la faim, par l'épuisement, par les maladies, par les expériences médicales, par les tortures ou les exécutions sommaires ou encore la mort dans les chambres à gaz.
L'article 175 du Code pénal allemand
C'est l'article du code pénal de 1871 qui définit l'homosexualité comme un délit. Les nazis accentuent la peine qui existait; elle passe de 5 à 10 ans d'emprisonnement. Pour les partisans du Troisième Reich, l'homosexualité va à l'encontre de la politique nataliste et il faut " protéger le sang et l'honneur allemand ".
La " race des seigneurs " persécute ainsi les homosexuels et les envoie dans les camps de concentration avec l'insigne du triangle rose à Dachau, Natzweiler-Struthof ou Buchenwald.
Combien ont été déportés ? Selon les auteurs les chiffres varient: 5 à 10 000 pour LAUTMANN ; 1 000 000 de morts pour BOISSON [cf. infra tableaux].
Qu'en est-il en France ? La situation est différente, car le code pénal nazi ne s'applique pas pour la zone occupée, ni pour la zone dite libre : là, c'est le droit de Vichy qui est de rigueur, même si ce dernier persécute. Toutefois, ce droit pénal nazi était appliqué dans les trois départements annexés au Reich (Bas-Rhin, Haut-Rhin et Moselle). C'est donc dans cet espace que certains homosexuels français ont été déportés. Pierre Seel fait partie de ces victimes, même s'il n'a pas eu à porter le triangle rose. [Pierre SEEL, Moi Pierre Seel, déporté homosexuel, Paris : Calmann-Lévy] Il faut également souligner que lors de la construction du camp de Natzweiler-Struthof des détenus homosexuels allemands qui venaient de Dachau ont connu les pires sévices dans le camp alsacien. Nombreux sont morts des suites des tortures ou ont été exécutés.
Alors la mémoire de cette déportation pourrait passer par une mobilisation européenne, afin de déposer une plaque au camp de Natzweiler-Struthof... Pour autant, qu'en est-il de la déportation des homosexuels dans le reste de la France ? Il faut être clair, les travaux historiques ne révèlent rien. S'agit-il d'un oubli, d'une censure des historiens ? Non, car cela correspond au cadre juridique répressif de l'époque. Cela ne veut pas dire que des homosexuels n'ont pas pu être déportés, mais non pour leur homosexualité... Certes d'aucuns peuvent évoquer les homosexuels collaborateurs pour " botter en touche ", à l'image d'Abel Bonnard, ministre de Vichy, ayant pour surnom un triste quolibet homophobe de " gestapette "... mais en aucun cas la déportation des homosexuels n'a été mise en œuvre systématiquement dans la France de Vichy. Il faut attendre les travaux spécifiques sur les trois départements alors rattachés au Reich.
Bilan statistique des déportés juifs de France
Total des déportés juifs
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75 721 |
Dont enfants de moins de 12 ans
Dont personnes de plus de 60 ans
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6 012
8 687 |
Survivants en 1945
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2 567 |
Total des juifs vivant en France en 1940
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330 000 |
Bilan statistique des déportés de répression en France (cf. FMD)
Total des déportés de répression
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65 000 |
Survivants en 1945
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26 000 |
Bilan statistique du "Triangle Rose" (globalité)
Total des déportés (cf. Lautmann)
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5 000 à 10 000 |
Total des déportés (cf. Stümke)
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5 000 à 63 000 |
Décès dans les camps (cf. Plant)
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5 000 à 15 000 |
Extrait de Histoire et Mémoire. Déportation et Déportés. ADIAMOS. Association pour la documentation, l'information et les archives des mouvements sociaux. Maison des Syndicats et de la Mémoire ouvrière, 1999. |